Aristote, GM et Philosophie en Action
L’essai publié sur ce même site web expose une réflexion nourrie par les enseignements de plusieurs grands penseurs, depuis la Grèce antique jusqu’à nos jours. Avec l’aide toute particulière d’Henri Bergson, j’y soutiens que toute philosophie authentique repose sur une idée centrale.
La mienne se formule ainsi : l’Amour — avec un grand A, selon l’expression de Teilhard de Chardin. Celui-ci écrit : « L’Amour est la plus universelle, la plus formidable et la plus mystérieuse des énergies cosmiques. » Certains diront que ce sentiment nous vient d’ailleurs, d’un autre monde. En écho à Bergson, je considère aussi qu’il s’agit d’une énergie qui alimente et propulse notre élan vital.
Cette idée centrale s’appuie sur la convergence étonnante des liens établis par de nombreux penseurs entre amour humain, Amour divin, amour-énergie, énergie créatrice, créativité et mystère. Il y a là une source d’émerveillement – cette vision est partagée aussi bien par des athées que par des agnostiques et des croyants.
Une fois identifiée, cette idée centrale devient une hypothèse féconde permettant l’édification d’une philosophie cohérente par la seule force de la logique. Cette démarche déductive m’a conduit à reconnaître quatre valeurs fondatrices soutenant l’idée de l’Amour : le beau, le vrai, le bien et l’harmonie. J’ai par ailleurs proposé que ces valeurs possèdent une importance égale et s’influencent mutuellement. Il en découle une philosophie précieuse pour guider toute personne animée par l’esprit d’entreprise, particulièrement manifeste dans les petites et moyennes organisations.
Dans le prolongement de cette réflexion, j’ai découvert récemment, avec joie, un ouvrage remarquablement en résonance avec la philosophie présentée ci-dessus : l’essai If Aristotle Ran General Motors de Tom Morris (traduction libre : Si Aristote dirigeait General Motors).
Les hypothèses de départ de Morris sont les suivantes : le vrai, le beau, le bien et l’unité. Or, l’unité, du point de vue de l’auteur, étant une dimension spirituelle conduisant naturellement à l’harmonie, on peut constater une quasi-coïncidence entre ses fondements et les valeurs que je mets de l’avant. Seul diffère l’ordre dans lequel elles sont exposées. Il devient alors particulièrement intéressant de découvrir les déductions qu’il tire de ses hypothèses.
Alors que je m’intéresse à l’application de ma philosophie à l’esprit d’entreprise, Morris, lui, explore sa mise en œuvre au sein de la culture des grandes organisations. Examinons ses conclusions.
Il apparaît d’abord évident que, dans toute communication, à tous les niveaux d’une organisation, la vérité doit primer. La vérité engendre la confiance, la confiance nourrit la synergie, et la synergie mène à l’excellence. Tout écart par rapport à la vérité s’avère, au contraire, désastreux.
L’idéal du vrai doit nous guider dans nos recherches d’idées nouvelles. Pour ne pas être victime de fabulations, ces recherches doivent prendre en compte les connaissances scientifiques pertinentes.
À propos de la beauté, Morris cite Victor Hugo : « La beauté est aussi utile que l’utile, peut-être même plus. » Pourtant, elle demeure l’aspect le plus négligé dans la culture des organisations. La beauté — sous toutes ses formes — est pourtant aussi essentielle que le vrai et le bien dans nos vies comme dans notre travail. Ici, Morris atteint le point d’orgue de sa réflexion en proposant que le sens de l’existence c’est : la créativité par amour. Nous pouvons clairement voir ici que Morris se dirige vers Henri Bergson et son « élan vital », ainsi que vers l’ « Amour-énergie » de Teilhard.
Un aspect fondamental de la beauté réside dans l’art de l’organisation. Sa plus haute expression se manifeste dans la structure des grandes entreprises. Mais, à toutes les échelles, les organisations sont des partenariats visant à mieux vivre ensemble.
Pour Morris, l’éthique (le bien) se résume ainsi : mener une vie spirituelle saine et entretenir des relations harmonieuses en société. Les règles éthiques sont les mêmes dans la sphère professionnelle que dans la vie personnelle. Il ajoute que la morale comporte deux dimensions : l’intériorité et l’extériorité. Cela rejoint chez Teilhard l’idée du dedans et du dehors des choses.
Les employés se comportent envers leurs collègues, leurs clients et leurs fournisseurs comme ils sont eux-mêmes traités par leurs supérieurs. De bonnes personnes dans un bon environnement produisent un bon travail. L’éthique n’est pas une mécanique fondée sur un algorithme ; elle relève d’un art, d’une expertise humaine.
L’auteur rappelle la portée universelle de la règle d’or : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. »
Enfin, à propos de la bonté, Il propose le réseautage avec des sages pour cultive la sagesse. Il propose d’être intentionné aux petites choses sans perde de vue « The Big Picture ».
L’unité exige que chacun soit conscient des conséquences de ses actes sur les autres membres de l’équipe. Elle suppose également le développement du sens de l’empathie.
Quant à l’harmonie sociale, elle ne se limite pas à l’absence de conflits : elle constitue une force interpersonnelle qui permet à chacun de déployer ses talents dans le cadre du « vivre ensemble ».
En conclusion, je propose que la rencontre entre Philosophie en Action et If Aristotle Ran General Motors constitue une nouvelle illustration de la portée universelle des valeurs que sont l’Amour, le beau, le vrai, le bien et l’harmonie — ainsi que de leur dynamique d’interaction.